Pierre Vaux l’instituteur révolutionnaire

 

Et maintenant parlons de la place du village de Labergement les Seurre. C’est sur la place Pierre Vaux qu’ont lieu la très grande majorité des manifestations du village. Mais connaissez-vous l'histoire de Pierre Vaux ?

Peut-être avez-vous été interloqué par une carte postale représentant le café du bas (face au lavoir) portant fièrement l'enseigne à l'Amérique ?

 

C’était un émouvant témoignage à sa mémoire.

 

Son affaire prit une ampleur nationale dans la moitié du XIXème Siècle et remonte au début du règne de Napoléon III, en 1851...

 

Natif de Molaise (71) près d'ECUELLES, il avait quatre frères et sœurs. A seize ans, il part à Jallanges pour apprendre à faire des sabots, quand il a assez d'argent pour payer ses études, il entre à l'Ecole Normale car il veut être instituteur.

A la fin de ses études, il est nommé à LONGEPIERRE-SUR-LE-DOUBS (71) où il assure également le secrétariat de mairie. Il était connu pour ses idées socialistes, très peu admises par le pouvoir en place. Il luttait courageusement pour l'abolition des privilèges que s'accordaient les notables du village où il enseignait. Il y rencontre Irma JEANNIN et l'épouse.

Son destin se noua dans la nuit du 2 au 3 mars 1851. Un violent incendie se déclara mystérieusement chez MAZUE et chez VOLUZON et fut le début d'une période où on en dénombra pas mois de 22. Des traces d'allumettes prouvent que ces feux ont été mis volontairement.

Longepierre se trouvait dans un violent état de crise. Le 2 décembre 1851: C'est la fin de la République. Bonaparte restaure l'Empire et donne l'ordre d'éliminer les républicains. Il autorise les préfets à révoquer les instituteurs qui continueraient à inculquer à leurs élèves l'amour de la Liberté !

Pierre est suspendu mais il reste au village pour cultiver la terre qu'Irma avait en dot.

Le bruit court que Pierre VAUX est l'instigateur et un des auteurs des incendies. Il est incarcéré avec ses amis à la prison de Chalon sur Saône et envoyé devant la cour d'assises de Saône et Loire.

Accusé, il se retrouva, après quelques palabres de justice, bagnard à TOULON puis BREST. Le bateau "L'ARMIDE" qui est à Brest, reçoit l'ordre d'appareiller ; 500 forçats sont à son bord enfermés dans des cages avec lui destination Cayenne, le 17 septembre 1855. Pierre, matricule 3680, et ses amis sont au bagne sur l’Ilet-la-Mère et pourtant les incendies continuent...

 

Histoire de Pierre Vaux le bagnard

 

Pierre, matricule 3680, et ses amis sont au bagne sur l’Ilet-la-Mère. Il est remarqué pour sa bonne conduite et est nommé écrivain du Conseil privé d’abord sur les pénitenciers flottant, anciens bateaux de la marine, puis à l’hôtel du gouvernement.

Le nouveau gouverneur de Guyane, Monsieur TARDY DE MONTRA VEL qui croit en l'innocence de Pierre, lui donne en concession une de ses propriétés l’Hermitage du bourg de Roura, des rations de vivres pour deux années, les outils nécessaires pour défricher et les services de cinq forçats, pour vivre décemment.

Ils commencent à planter des caféiers mais les fourmis les dévorent... Ils abandonnent pour se livrer au travail du bois. Mais toute la famille tombe malade surtout Armand l'aîné qui ne supporte pas le climat.

Le malheur frappe encore lorsqu'Ermence dix sept ans et demi, meurt à la suite d'un accident de chasse. Pierre se jette avec frénésie dans le travail pour calmer sa douleur. Puis son autre fille se marie et a une petite fille mais son mari meurt subitement de la fièvre jaune.

Les nouvelles de la France annoncent la guerre de 1870. Le 4 septembre enfin, une bonne nouvelle: La France renoue avec la république. Il mourut en janvier 1875 en présence de sa femme et de quatre de ses enfants survivants qui l'avaient rejoint dans sa captivité en septembre 1861.

Vingt années de souffrances physiques et morales sont venues à bout de cet être exceptionnel.

 

C'est ainsi que son fils, Pierre-Armand-Napoléon et sa mère, le temps de constituer quelques économies, rentrèrent sur le continent et s'installèrent, par hasard, à Labergement-lès-Seurre afin d'y tenir une auberge qui fut baptisée naturellement A l'Amérique. Mais à peine en France, Irma lasse de la vie, meurt à son tour et est enterrée à Mont-Lès-Seure.

 

Leur fils Pierre-Armand fut élu député de 1893 à 1901 et consacra son énergie à l'élaboration d'une loi permettant la réhabilitation d'anciens condamnés. Son entreprise fut couronnée de succès puisque son père fut réhabilité en 1897. L'auberge "A L'AMERIQUE" devint très populaire.

 

Il repose dans le cimetière de notre village qui a voulu rendre honneur à Pierre VAUX en donnant son nom à la place principale.